SYMPHONIE D'UN NOUVEAU MONDE

Un utopiste n'est pas celui qui croît en quelque chose d'impossible ou d'irréaliste. Il n'est pas un doux rêveur qui fantasme à contre-courant. Etymologiquement parlant, l'utopiste parle ou voit ce qui n'a pas encore été trouvé. En explorateur des temps modernes, il permet d'élargir la cartographie de son inconscient. Lorsqu'on commença à imaginer qu'il y avait peut-être - sûrement - d'autres terres habitées ou habitables à l'époque de Christoph Colomb, de nouvelles perspectives arrivèrent. La frontière entre le visible et l'invisible est mince, au point que lorsqu'il arriva, les Indiens ne le virent d'abord pas, n'ayant pas la cartographie intérieure capable d'analyser cette information. Ils n'avaient jamais vu de tels navires flotter sur l'eau et étaient donc incapables de percevoir l'existence de cette réalité qui n'exista pas jusqu'à l'instant où ils se retrouvèrent vraiment nez-à-nez avec le navirre de l'explorateur ! D'humain à humain alors, ils comprirent.


"L'utopie est simplement ce qui n'a pas encore été essayé !" Théodore Monod


Petite, je n'ai jamais entendu l'idée qu'on pouvait faire autrement. Dans cette hyper vigilance de chaque instant, je répondais à tout injonction extérieure presque avant qu'elle ait été émise. Cette habilitée forgée par l'âge avait créé de moi un certain personnage. Une sorte de pile à réaction ! Hyper connectée à l'extérieur. Absolument pas connectée à l'intérieur. Mon corps faisait le relais pour les autres. En bonne pianiste, j'avais suffisamment entendu que l'on jouait pour les autres et que cela leur faisait du bien. Si je ne ressentais rien de moi à moi, je me disais que je n'avais simplement pas le talent de me connecter aux bons endroits. Un peu comme un jeune instrumentiste encore novice avec l'instrument croit qu'il n'a pas le talent pour en jouer bien alors qu'il a juste besoin d'expérimenter et d'explorer par l'oreille, le coeur, le toucher, toutes les nuances et toutes les possibilités qui permettent de faire sonner l'instrument correctement.


Le tout premier instrument, c'est nous. Nous sommes des cordes qui vibrent ça et là, or avons-nous jamais vraiment appris à en jouer ? Que savons-nous de cet instrument ? Nous croyons le posséder alors qu'il nous possède tant qu'on ne le connait pas.


On dit "avoir" un corps, "avoir" un nom, "avoir une identifié, "avoir" une famille et l'on ne sait finalement plus ce que l'on est - vraiment. De haut en bas, parcourir son être peut être la plus grande des expéditions.


J'ai cherché tant d'années avec une obstination sans bornes partout à l'extérieur pour trouver un chemin qui me fasse sentir plus "juste". Comme un diapason qui viendrait accorder toute cette machinerie... Puis j'ai découvert que le chemin - encore si peu expérimenté - était celui de moi à moi. Personne ni rien ne pourrait réellement venir en aide à cette profondeur. En faire écho, l'inspirer, lui offrir de se relier à d'autres bords, oui.


Ce que les chamans, guérisseurs, magiciens, m'ont appris d'essentiel, s'il ne fallait en retenir qu'une chose, c'est que notre chemin ne peut être qu'unique. Comme un plongeur va au loin dans les profondeurs des océans guidé par ses palmes et par son élan, il découvre des trésors, des peurs, des poissons, des lueurs, des trous noirs... tout cela de lui à lui, comme un face à face solitaire. Tout ce qui est vécu ne le sera qu'en lien avec sa seule présence. Revenu à la surface, sa tête hors de l'eau, il échange de nouveau avec le monde extérieur, discutant, racontant, transmettant, échangeant.