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PEUT-ON TRICHER EN MUSIQUE ?

  • Hélène Tysman
  • 27 juil.
  • 5 min de lecture

...et indirectement, dans notre vie ?


Au poker, on peut tricher. En achetant une montre Rolex, en cherchant le bonheur dans un mariage ou une maison, en se croyant plus estimable avec un tailleur Chanel… Dans tout cela, il est possible de "faire semblant". Mentir...


Mais en musique, impossible. 


Pourquoi ? 


Parce que le principe même de la musique, c’est de laisser s’exprimer son cœur. 

Être sincère.


Pour autant, il est possible de se tromper. De s’égarer parfois… De croire vouloir obtenir un résultat en oubliant ce que l’on veut vraiment. Se creuse alors un delta entre l'apparence et l'essence. Or ma croyance est que l'essence reprendra toujours le dessus !


Cela me fait écho avec la première fois où j’ai compris les défis que représentait réellement l'interprétation d’une fugue de Bach. 


Bach est un compositeur polyphonique s’il en est, c’est-à-dire qu’il avait cette faculté d’entendre une multitude de voix simultanément et de créer, par leur enchevêtrement, des accords magnifiques. Chaque voix est indépendante et en même temps co-dépendante d’un Tout. 


Mais ce n’était seulement dans la composition que je percevais cette magie. C’était dans ce qu’il se passait au niveau de l’interprétation.


Je venais de réaliser que l’auditeur entend ce que l’interprète entend. Si j’entends honnêtement les trois voix, l’autre pourra l’entendre. Mais si je ne les entends pas vraiment moi-même, l’autre ne pourra pas les entendre. Impossible de tricher dans Bach ! Dans la musique en général aussi…


Plus extraordinaire encore : laisser résonner une note au piano pendant qu'une autre voix poursuit sa mélodie. Beaucoup de pianistes oublient la résonance de la note car celle-ci s'éteint vite par le fait de la mécanique même du piano. Or c'est là que la magie intervient ! Il suffit de continuer à écouter cette note pour qu'elle continue de résonner. Est-ce parce qu'alors le pianiste joue naturellement moins fort la seconde voix, plus attentif à prendre soin de la résonance ? Est-ce par pure magie ? Peu importe... Le fait est qu'à cet endroit, il est impossible de tricher sur son intention : tout auditeur saura si le pianiste entend - ou n'entend pas.


Ainsi, j'ai compris qu’on ne vient pas au concert pour écouter de la musique mais pour écouter... comment écoute le musicien.


Écouter son écoute. Du monde. Des silences. Des sons.


Personnellement je me fiche pas mal d’entendre une énième version de la 4ème Ballade de Chopin. Encore plus de vérifier si elle coïncide avec telle ou telle référence dans l'archivage de mes pensées. Ce qui me bouleverse, c’est d’entendre ce que le musicien en entend.


Observer son écoute.

Donc son cœur.


Et si je vous raconte cela, c’est pour vous parler de cette dissonance qui ne m'a jamais parue aussi grande qu'aujourd'hui entre l’apparence et l’essence. Entre le visible et l'invisible. Entre le matériel et le subtil.


Voilà peut-être la bonne nouvelle !


Nous nous affinons à discerner l'illusion de la vérité, c'est-à-dire la distinction entre ce qui est immuable et ce qui est changeant. Impermanent. Illusoire.


Nous jetant de plus bel dans ce monde de formes, de matières, d'apparences, nous avons cru que le succès se devait d'être montré, vu… Mais la vérité semble toujours reprendre le dessus. Pas la vérité morale ni conceptuelle. Pas une idée philosophique. Non.


Ce qui Est.

L'essence en toute chose.


Le docteur en neuroscience Joe Dispenza connu pour ses recherches approfondies en méditations, visualisations et guérisons spontanées, aime à dire que changer la matière depuis la matière est un effort lent, colossal, incertain. Il existe une manière plus rapide et illimitée de changer la matière : depuis l'énergie.

 

Aujourd’hui, c’est la nature qui nous le montre. On peut croire que construire des immeubles, des routes et des avions de plus en plus vite est une marque de progrès. Mais la terre prend feu. Les sols s’assèchent. La nature ralentit. Or cela, c’est une image de nous… lorsque nous réalisons de nos vies cette constatation : « j’ai fait ceci parce que je croyais que c’était « bien », j’ai fait cela parce que la société ou mes parents le considéraient comme une réussite. J’ai cru qu’en obtenant tel résultat j’obtiendrais telle joie… Mais profondément, cela ne m’a pas réjoui. »


Alors la joie reprend le dessus !

Peut-être avec des a-coups, avec un chaos d'abord.

Mais c'est la vie qui se choisit de nouveau.


Car la joie est à l'origine de tout.

Elle n'est pas une destination.


Invisible à l’œil nu, elle n’est pas un sourire instagramable, cocktail à la main.

La joie n’a rien d’ostentatoire. Rien d’éclaboussant.


Être joyeux, c'est être vivant !

Et se sentir vivant revêt parfois un caractère si intime avec soi-même...


Intime comme de savoir, de soi à soi, que l’on entend vraiment les trois voix de cette fugue de Bach ou que l’on fait semblant. Personne ne peut vraiment savoir à ma place si j'écoute ou si je me cache.


Aussi subtil est la joie en soi.

L'écoute-t-on ?


L'on peut travailler des années pour donner une impression d'interprétation brillante de Bach... ou l'on peut, en une seconde, choisir d'écouter vraiment, sincèrement, ce qui sonne.


Bienheureux celui qui croit ne jamais assez bien entendre. Il redoublera d'écoute !


Je pense à certains chefs d'orchestre qui rendent presque transparent certaines superpositions de voix tant ils avaient besoin pour eux-mêmes d'entendre clairement.


Notre période actuelle est magnifique car il n’y a plus d’échappatoire ! Nous avons essayé de nous divertir par l’extérieur. Mais comme un enfant qui se désintéresse peu à peu d'un jouet en plastique et retourne s’émerveiller d’un brin d’herbe, nous faisons ce constat.


Je nous trouve nombreux à ressentir ce même élan, celui de revenir à l'essentiel. Non plus chercher à avoir plus mais à être, à vivre. Je réalise la valeur inouïe des relations humaines, de la rencontre avec l’inconnu, du partage profond, intime, de la joie d’Être, maintenant, de mon écoute créatrice… Alors, toute manifestation dans ce monde des formes et des objets n’est plus qu’une continuité de cette joie. Joyeuse. Pas une recherche. Juste le film qui passe à travers la lumière sur un écran de cinéma que nous créons tous ensemble.

 

Christiane Singer, cette grande auteure de spiritualité du siècle passé, en a étonné plus d’un lorsqu’elle a avoué être atteinte d'un cancer. Comment ? Une femme si éveillée, si vraie, pourrait porter en elle un tel déséquilibre physique ? En réalité, cela a été sa plus grande réalisation et c'est ce qu'elle nous a offert dans son oeuvre ultime : Derniers fragments d’un long voyage. Jusqu’au bout, jusqu’au dernier instant, elle témoigne. Or ce qu’elle témoigne n’est pas une erreur de parcours. Ni un désir de souffrance. Au contraire. Lorsque certains amis viennent la voir pour lui souhaiter bon rétablissement, elle les regarde avec compassion car elle perçoit l'ignorance de s'arrêter au fait. Ce n’est ni la maladie ni la santé qu’elle avait réclamée. C'était l’épiphanie. L’éveil - en grand. Oui ! Que cela ait pris cette forme ou une autre n’avait aucune importance. Sa joie n'était pas dans l'apparence mais dans ce qui se vivait réellement, de façon immuable. Ce qu'elle appelait de tous ses vœux, c’était Dieu. L'illumination d’une puissance infinie. Pas une apparence.


Et c'est ce qu'elle a trouvé.

Voilà pourquoi elle semblait joyeuse là où cela semble incompréhensible...

 

Si souvent nous nous trompons dans ce que nous croyons vouloir.


Voulons-nous une image extérieure ?

Ou l’appel véritable de notre cœur ?


Ce dernier nous emmène parfois sur des chemins irrationnels, incompréhensibles d’abord. Puis évidents.

Créateurs.

Puissants.


Il est impossible de se tromper quand on répond à son cœur.


Impossible…


Seule l’illusion nous emmène faire des détours.

Ils n’ont rien de mal ces détours.

Ni bien ni mal.

Juste une expérience.


Et nous pouvons choisir de la vivre, cette expérience, avec les yeux grands ouverts ou en les fermant. Tâtonnant dans le noir en prenant ce que nous touchons pour des murs, des barrières, des limitations… les yeux ouverts, ils deviennent une porte qui s'ouvre.

 

Et c'est sur cette porte ouverte que je vous souhaite un mois d'août inspirant !

Sur le chemin de qui vous Êtes.

Dans l'écoute de votre musique...


Joyeusement !



 




 
 
 

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