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LA SINCÉRITÉ SAUVERA LE MONDE

Hélène Tysman
4 sept.
7 min de lecture

Il y a quelques jours j’écrivais ma newsletter de l’Hypnose du Musicien© destinée aux artistes que j'accompagne. J’y mentionnais ces avant-scènes où il arrive que l’on soit triste, dévasté, en proie à des tempêtes intérieures - non pas à cause du trac, mais de la vie.


Lorsqu’il faut, dans ces conditions-là, monter sur scène, on découvre alors si l’on est véritablement "aligné" – ou non. En temps de crise, ce n’est pas d’avoir bien travaillé ou d’être dans un décor parfait qui rassure. Mais de pouvoir continuer à être présent, en lien avec soi-même, les pieds bien ancrés sur le sol tout en étant traversé d'émotions.


Certains appellent cela "confiance".D’autres "’alignement".


S’il fallait se sentir bien tous les jours de sa vie pour pouvoir bien jouer, la moitié des concerts seraient annulés ! Ce serait comme de n’accepter de sortir dans la rue que lorsqu’il y a du soleil et annuler tous ses rendez-vous dès que pointent les nuages.


Un jour enfin, l'on réalise que derrière... demeure le ciel.

Immuable.


Est-il si grave d’être mouillé par la pluie ? Faut-il reculer quand surgit la tempête ? Ce n’est pas la météo extérieure qui nous influence tant, mais celle de nos mondes intérieurs. Nos pertes de confiance sont remplies de croyances qui disent : "pleurer n’est pas acceptable, avoir peur est pour les faibles, se mettre en colère, c'est risquer d'être rejeté."


Or les émotions, comme les nuages dans le ciel, nous parcourent.

Parce que nous sommes humains !


Ce ne sont pas les émotions qui créent de la souffrance.

C'est notre relation à elles.


Il m’est arrivé en tant que pianiste, bien avant mes compréhensions de ces quinze dernières années, de me sentir perdue lorsque ces émotions surgissaient et qu’il me fallait entrer en scène. Tremblante, incapable. J’étais si loin de moi… inconsciente du plus fondamental aspect de moi-même. Quelques bribes d’intentions certes, celles d’offrir du beau. Mais le reste… Qui étais-je vraiment ? Pourquoi étais-je là ? Tout cela n’était pas descendu jusque dans mon corps. La peur de mal faire, celle de ne pas plaire et toute la panoplie du parfait petit soldat m’enfermait dans ce nuage d’incompréhension.


Aujourd’hui je suis à l’aise pour monter sur scène, libre de transmettre mes connaissances de la préparation mentale et de l’hypnose, quels que soient les circonstances. J’ai rencontré ce que je suis et intégré plus de compréhension sur ce tout premier – et vertigineux - instrument qui vibre : moi-même !


Si je vous raconte tout cela, c’est que c’est aussi depuis cet espace que je vous livre chaque mois un peu de moi dans ces textes.


Écrivant la newsletter de l'Hypnose du Musicien©, j’y livrais, sans détours, presque abrupte, quelques épisodes de ma vie. Et parmi eux, j’osais dire qu’il m’est arrivée de monter sur scène en ayant eu recours à un IVG quelques jours avant autant que lors d'un deuil. Ce n’est pas pour parler du sujet de l’avortement que je l’évoquais mais pour démystifier l’état dans lequel un artiste devrait être avant de jouer, et peut-être aussi, pour libérer certaines idées encore taboues. Le trac est bien devenu un sujet acceptable (et même soulageant pour beaucoup) alors qu’il était tabou. L’avortement est sur le même chemin puisqu’il concerne tant de femmes.


Mais la question qui me taraude et que je voulais tant vous livrer dans le texte de ce mois-ci, c’est justement ce degré de sincérité avec lequel je m’adresse à vous et avec lequel, je crois, tout artiste ou toute personne prenant la parole, devrait œuvrer.


Certains ont pu être gênés par cette évocation personnelle. Et c'est pour cela que j'avais à coeur de parler de ce qui m'est si essentiel.


La sincérité… Quel pari !

Oser s’exprimer. Monter sur scène. Dévoiler ses émotions.


Si j’ai eu l’audace d’évoquer très brièvement ces épisodes de vie, c’est parce qu’il me serait inconcevable de n’être pas transparente avec ceux que j’accompagne, ceux à qui je transmets mon art. Ceux avec qui, comme vous, je partage les pépites du jour.


Parce qu'aujourd'hui aussi, je me sens suffisamment libre et bien dans mes bottes pour qu'il n'y ait pas de sujet sur lequel je crois devoir m'abstenir par peur. Surtout celle de déplaire.


Voilà la petite histoire. Le mois dernier, j’étais invitée à donner un atelier à la Haute École de Musique de Lausanne. En entrant dans cet édifice aux murs blancs et modernes, j’ai bien senti en moi l’envie, comme au temps du CNSM de Paris, de laisser le bon petit soldat prendre toute la place. Ce petit soldat, c’est celui qui est au garde à vous pour plaire sans trop se dévoiler, pour s’intéresser d’avantage aux critiques qu’à mon intention. Alors je l’ai regardé, en souriant. Puis il a compris et il s’est évaporé, comme Scarbo * ! Il m'est devenu impossible de me couper de moi-même trop longtemps.


Arrivée dans la salle pour offrir ces ateliers à une équipe de magnifiques enseignants, j’ai scruté en moi d’où partirait ce que je dirai.


Voilà la pépite de tout enseignement, selon moi.


Arrivé à un certain degré de maitrise, ce n’est plus ce que l’on joue mais d’où cela provient qui touche véritablement son auditoire. Je crois que l’humanité s’interroge de plus en plus sur ses origines car c’est de là qu’elle y puise sa sincérité. Et que cette sincérité pourrait bien - pardonnez mon poétisme - sauver le monde.


Ni la perfection. Ni l'accord de toutes nos harmonies ou de nos dissonances.

Mais la provenance de nos voix unies.

 

Nous avons touché les limites du contrôle en ce qui concerne l’avenir de l’humanité, alors nous revenons aux sources, à nos racines : les peuples premiers, la terre, et chez l’individu, la quête de remonter à ses origines généalogiques.


Non plus la destination.

La source.

 

Je sais que lorsque je donne des stages, ateliers ou même concerts dorénavant, je me questionne d’abord sur l’espace depuis lequel je vais transmettre cela. Et non celui dans lequel cela arrivera. L’audimat, les études de marcher, le nombre de followers, sont autant d’écueils pour qui cherche à toucher véritablement l’Autre.


Alors, transmettant cette connaissance, il me fallait bien l’incarner jusque dans les sous-sols de cette haute institution suisse. J’ai installé les chaises en cercle, brûlé un peu de sauge et posé mon handpan près de moi. Puis, claire sur mes intentions, le cercle s’est formé et a, de lui-même, généré son mouvement improvisé. Les outils que j’ai transmis auraient pu certainement être dits par un Power Point et quelques diaporamas devant un auditoire en rang. Mais aurait-ce été pareil, vraiment ? Bien sûr si j’avais joué à « faire un cercle » sans être alignée moi-même, sans ancrage, tout aurait pu partir à volo. Mais je sais qu'un cercle, tant de fois expérimenté, intégré en moi, permet de rendre à chacun cette conscience précieuse de sa place nécessaire et du fait que s'il bouge, c'est le cercle tout entier qui doit se réajuster, naturellement. Ce cercle, c'est l'énergie qui circule à travers soi comme en soi.


Ce jour-là, certains musiciens ont pleuré, d'autres ont ris, et certains ont découvert des pouvoirs en eux ainsi que d'autres potentiels. Moi j’ai rencontré des femmes et des hommes qui m’ont inspirée par la richesse de leur parcours et de leur être.


Encore fallait-il que je sois assez sincère.


La pianiste que je suis a toujours cherché cette sincérité. Quitte à prendre des chemins de traverse. Quitte à faire le deuil, ce fameux deuil, de la perfection… Mais cette perfection, en réalité, c’est lorsqu’il n’y a plus de choix : le bon petit soldat ne croit pas avoir le choix. Celui d’être parfait OU imparfait. Il n'y a rien de parfait quand il n'y a pas de choix. L’imperfection, c’est se rappeler qu'on a le choix de l'ombre ou de la lumière. Ni mieux ni moins bien. Nous aimons les deux. Preuve en est de cet été caniculaire où tous nous cherchions l’ombre avec tant d’ardeur.


Lorsque nous réalisons que nous sommes Êtres Humains, nous pouvons choisir l'Être (infini, conscience) ou l'Humain (finitude, forme, terre) et finalement les deux ! Car l'Humain est la condition que nous avons choisie pour se rappeler de notre Être.


Le bon petit soldat auquel j'ai pu croire avait besoin de faire des fausses notes dans sa vie. Non pas pour casser son jouet, non pas pour détruire le beau. Au contraire, pour le rencontrer vraiment, au-delà d’une forme illusoire. Parmi ces fausses notes, des ruptures, un avortement, des explorations où l'on se croit d'abord perdu puis plus proche de soi qu'on ne l'a jamais été...


Oser ouvrir plus grand son champ de perception.

Ouvrir son coeur. Et descendre en soi pour scruter ce qui est.


Beethoven disait que la véritable erreur n’était pas de jouer des fausses notes mais de jouer sans musique. Or cette erreur, combien sommes-nous à la commettre tout au long de nos vies, ici ou là, parfois longtemps, d’autres fois par sursauts ? Par peur, par ignorance, par conditionnement… Cherchant à jouer « bien », nous oublions notre musique intérieure.


Chopin, lui, traquait cette note "bleue" lorsqu'il improvisait jusqu'à trouver l'oeuvre à écrire... Cette note n'était-elle pas celle du coeur ? Cette sincérité désarmante depuis laquelle enfin toute musique, quelle qu'elle soit, peut se transmettre ?


Rien de gnangan dans la sincérité lorsqu'on réalise la véritable puissance de se tenir là, sans fards, sans barrières, dans sa plus pure expression, face à l'Autre.


Hier je tombai par hasard sur la vidéo du chanteur Philippe Katerine, nu, dans les studios de France Inter où il chantait sa chanson « Nu ». Ode à la sincérité s'il en est. Sans y mettre le mot, son être tout entier incarnait ce message troublant et pourtant familier.


Être à nu, ne plus chercher à se cacher. Être vu.


Voilà que j’accepte d’être vue dans ma parfaite imperfection et que je me tiens devant vous, cœur battant, heureuse d’être en vie en même temps que vous !


Dans ce mystère que nous partageons, je nous souhaite un merveilleux mois de septembre, une rentrée douce et inspirante, et surtout libre d’être qui l'on EST !

 

De tout coeur,








*Ravel, Gaspard de la Nuit

 
 
 

1 commentaire


frederiquemusic
12 sept.

C'est beau et si bien dit, Merci Je m'y retrouve a 100% (comme souvent dans ces lettres) et c'est très inspirant 🙏

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