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Du Conservatoire de musique jusqu'au tambour chamanique...

  • Hélène Tysman
  • 17 juil.
  • 5 min de lecture

...il n’y a qu’un pas !


Mais comment la jeune étudiante obsessionnelle, bornée, perfectionniste que j’étais à 17 ans aurait-elle pu imaginer ce pas là ?


En réalité, la musique appartient au monde de l’invisible, de l’impalpable. Le plus subtile de tous les arts. Ni corps, ni matière. À la base, un simple souffle devenu voix puis chant. L’improvisation. Pas même la pensée ni le verbe. Non, juste des sons, une vibration… Ensuite bien sûr sont venus des symphonies, des Partitas et des Opéras. Des violons, des pianos, et tout l’orchestre.


Ces temps-ci je me passionne pour le peuple Kogis, l’un des plus vieux peuples de notre civilisation humaine, encore vivants. Comme si mon oreille était enfin prête, j’entends leur musique. Et quelle merveille ! Quelle joie de retrouver leur chemin, d’entendre leur message. Un rappel du fond des âges qui est venu toucher mon cœur.


En cette sensation de fin d’un monde, je me sens paradoxalement jubiler. Lorsque l’on sent que quelque chose ne peut plus demeurer tel quel, c’est une délivrance de voir la nature faire sa loi. Cette "chose" pour moi a pris la forme d'un aveuglement au monde manifesté, matériel, aux apparences. Comment avais-je pu encore y patauger ? Non pas que la matière soit mal. Elle n’est juste pas l’essentiel. Et en perdant cet essentiel, je m'étais une fois de plus perdue. Puis retrouvée ! L'illusion est partout, y compris dans la spiritualité ou le chamanisme.


Aujourd’hui je m’émerveille de ce message pourtant si simple ! Celui de se rappeler du non-manifesté et de ne pas l’oublier au profit du manifesté. Cela semble peut-être ésotérique pour certains. Pourtant c’est comme regarder un pianiste en oubliant d’écouter les sons qui viennent de lui… Ne plus porter attention qu’à ce que l’on peut définir, délimiter, saisir.


Voilà dix ans pourtant que je chemine, que j’ai accepté d’ouvrir en grand les portes du mystère. Dix ans qui ont suivi deux autres décennies de méditations pianistiques à faire ses gammes et à se concentrer sur le son. Pourtant existent ces va-et-vient de la conscience, comme un enfant qui joue et parfois perd de son innocence en ne voulant plus lâcher sa poupée. Cette poupée factice, artificielle. Elle n'a rien de mal et elle peut être sublime. Mais elle n'est qu'une conséquence d'une pensée, d'une vision, d'une conscience. Elle n'existe que parce que l'enfant la crée...


Alors comment passe-t-on du solfège au… rien ? À écouter un coquillage ? À être assise en haut des steppes mongoles pour observer un chaman frapper dans son tambour ? À ne plus rien faire et accepter d'abandonner tout ce que je croyais savoir ?


Recommencer ma technique, mes connaissances pianistiques, je l’avais déjà fait de nombreuses fois durant mon parcours pianistique et cela ne me faisait pas peur. Au contraire ! À chaque étape, j’avais l’impression d’un départ à zéro. Première année au conservatoire de Paris, je recommençais tout. Une fois sortie du conservatoire, je recommençais tout, de nouveau. Et à chaque concert, j’avais la sensation de trouver un nouveau théorème depuis lequel tout allait se déployer différemment, mieux. Savoir que tout mourrait et tout renaissait perpétuellement était un quotidien. Mais revenant de mon énième prix en concours international, un jour, cet état « zéro » a pris une autre allure. Bien plus profonde que tous les abysses que je croyais avoir connus. Il me fallait encore lâcher les partitions, l’instrument… Me tourner vers… l’intérieur. Pas juste l’inspiration. Non. Plus loin encore. Accepter le néant pour pouvoir entrer dans cet espace de l’Être. La Vie, tout simplement ! Pourtant... comme le disait une amie à moi, il existe étonnamment cette "terreur" de la Vie. La peur plutôt que l'amour, parce que l'amour est au-delà de notre contrôle, il nous amène à transcender l'illusion, celle de se rattacher à quoique ce soit.


C’est alors que j’ai rencontré un guide sur le chemin, Arnaud Riou. Et tout s’est accéléré. Mais lorsque je me retrouvais devant des incantations autour d’un feu, je me trouvais tour à tour émerveillée par ce sentiment familier et un peu décontenancée de tout ce que cela pouvait vouloir dire de mon passé.


Ce mois-ci, les Kogis m’ont parlé. Et j’ai reçu ce beau message… c’était un rappel à ne pas se perdre dans ce monde manifesté et de continuer d’avoir les yeux grands ouverts sur l’invisible. La Source. Eux apprennent à « voir » dans la nuit. Durant 18 ans ils se forment dans le noir pour mieux voir. Alors j’ai compris que la musique, fut-elle la recherche d’un phraser dans une partition de Chopin, c’était aussi une tentative de rejoindre cet espace – à priori noir. Cet espace invisible pour l’œil mais tellement lumineux – incandescent ! - pour le cœur. Pour l’Être.


« L’essentiel est invisible pour les yeux », disait Saint-Exupéry par la voix du petit prince.


Ce n’est pas une question d'être assis au piano ou de s’aventurer en haut d’une montagne ni même de courir au supermarché ou prier à l’église. C’est ce à quoi l’on donne de l’importance.


Ce qui est visible, matériel, palpable par nos 5 sens ?

Ou ce qui est au-delà, ontologique, éternel ?


La société moderne a étiqueté comme « hyper-sensibles » ceux qui sont capables de percevoir jusque dans le noir… Moi je crois que ce sont des sages. Parce que cette sensibilité crée un trou comme celui d’une serrure, par laquelle l'on voit le véritable monde. À condition d'accepter de lâcher le monde illusoir. Sinon l'on devient fou ! L'oeil par le trou d'une serrure et le corps dansant au bal masqué.


Est-ce pour cela que le public vient entendre des musiques parfois tristes, comme pour se rappeler un chagrin enfoui ? Juste de quoi retrouver le temps d’un instant ce trou de serrure par lequel l’on voit vraiment… Ce chagrin-là n’est pas sombre. C’est une lumière. Une ouverture là où tout se comprimait, se ratatinait dans une illusion étouffante.

 

Lorsque l’on devient alors capable de ne plus être influencé par les apparences et de retrouver qui l'on est vraiment, c'est alors qu'on se rappelle au Vivant !


L’unique libre arbitre dont il est question est peut-être bien celui-là : choisir la Vie. Non pas la vie comme opposée à la mort, car la mort fait partie de la Vie. Mais choisir la vie comme opposé à la refuser.


Que refusons-nous ? Voilà une vraie question d’aujourd’hui…


La musique, elle, parce qu’elle est invisible, me préparait depuis le début sur cette terre à tenter d’oublier le moins possible Ce qui Est. À me rappeler à la Conscience que Je Suis.


Puis même au conservatoire le fil s’est effiloché, l'égo a écrasé tout le reste. Mais toujours j'ai retrouvé le chemin, que ce soit par un détour en Mongolie, en Nouvelle Zélande ou auprès des chamans venus du monde entier. Ce n’est pas une question de chamanisme. C’est une question d’équilibre. De justesse. Comme le diapason de son instrument.


Et aujourd'hui je sais qu'il est impossible de s'éloigner de qui l'on est. Se faire croire du contraire, c'est souffrir, tout simplement... Et je comprends combien mon cheminement du conservatoire jusqu'au silence était d'une telle logique.


Notre monde a simplement perdu le sens des priorités. À force de s'amuser avec des trompes l’œil, des ombres chinoises, il croit ne plus pouvoir en sortir. Pourtant, comme un enfant avec une poupée, il suffit d’un seconde pour arrêter de se focaliser sur la poupée et de voir l’infini autour.


Joie !


Alors si j’écris tout cela aujourd’hui, c’est simplement cette réalisation joyeuse et puissante que j’avais envie de vous partager. Tellement simple. Mais chaque fois, comme une musique que nous connaissons, sonnant différente. Cette musique, c'est un rappel de voir au-delà du visible, d’écouter au-delà du bruit, de toucher au-delà de l'objet.


Étonnamment nous avons cru le soda rassasiant. Et il aura fallu des anciens pour nous rappeler d'aller à la fontaine du village, la source, pour véritablement abreuver notre soif.


Je vous souhaite votre essentiel, votre Être et votre musique au plus profond de vous

Et un mois de juillet qui célèbre l'infinité de qui Nous sommes !


De tout coeur,







 
 
 

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