LES HISTOIRES DERRIÈRE LES HISTOIRES
- Hélène Tysman
- 28 janv.
- 3 min de lecture
Un théâtre se compose en plusieurs strates. Les ouvreurs, les spectateurs, les personnages, les acteurs, les machinistes, les auteurs… et parfois les musiciens, entre spectateurs et personnages.
Un méli-mélo ? Ou une horlogerie suisse ?
Sur scène les drames éclatent, des rires derrières les portes, un soupir dans l’obscurité de la fausse et quelques baisers au détour des coulisses. À moins que les rires ne soient sur scène et les rires derrière un paravent.
Imaginez combien d’histoires s’enchevêtrent à chaque carrefour de rue, de vie, sur ce grand théâtre que nommait Shakespeare : le monde.
Pourquoi le timide violoniste rencontre l’extravagante danseuse et se cognent aux moulures du théâtre ? Dissonance et résonance…
Imaginez encore ! Ce que nous prenons pour des histoires lorsque nous entendons les informations du jour, les officielles… puis les officieuses… puis celles d’un ami proche, d’une star de cinéma et puis… les nôtres. Ce mélange (à priori) insensé d’histoires. De la nôtre que nous croyons connaitre en n'ayant qu'une infime part du scénario. On croit les balayer, les lire du début à la fin et puis, basta !
Mais derrière chaque histoire se cache une autre histoire. Et encore une autre.
Et ainsi de suite.
Comme des poupées russes, chaque parcelle d’atome a voyagé plus loin que toutes nos galaxies connues et inconnues. Il s’est transformé, s’est séparé, a fusionné. Traversant les temps, les dimensions, il parcourt un geste, celui que l’on voit d’un passant qui fume sa cigarette, et c’est mille milliards d’histoires reliées à cette cigarette, à ce bras, à cet élan, à cet instant. À cet atome seul et mille fois démultiplié.
Le spectateur voit l’homme fumant sa cigarette. Sa mère voit autre chose. Son chien, un ami ou son ennemi, encore une autre histoire. Et puis il y a ce que l’un ne sait pas qu’il sait et qui provoquera encore d’autres histoires parce qu’il n’a pas su qu’il savait qu’il ne savait pas.
Alors dans le théâtre, le soir, des hommes et des femmes font des histoires, les créent (croient-ils) pour se rassurer, pour en rire ou s’autoriser à pleurer.
Et lorsqu’un client vient en séance d’hypnose, nous allons remonter le cours de l’histoire, depuis un bout de fil de laine, jusqu’à une pelote pas toute entière… Pourtant ce sera d’autres images, des métaphores, un conte. Mais quelque chose, en-dedans, qui résonne, et lui permettra, comme à l’aveugle, de suivre une sorte de panneaux indicateurs, non pas pour aller au début de l’histoire (il n’y en a pas) mais à l’origine de ce mouvement perpétuel.
Peu à peu cet éventail s’ouvre, immense, infini. D’une beauté littéralement inouïe, il nous dit que, quoique nous fassions, tout fait partie de ce grand théâtre. Qui que nous croyons être, cela aura un impact. Un battement de cil. Notre regard sur le papillon...
Profondément je crois à ce rubicube géant aux mille milliards de faces (et plus encore), dont chaque impact prend sens et participe à la merveilleuse perfection de cette géométrie mystérieuse. Sur le moment bien sûr, on ne sait pas. Cherchant, inquiet, dézinguant les carrés d’abord semblables, on croit voir s’éloigner la possibilité d’en aligner une couleur harmonieuse. La cacophonie s’en mêle. Mais croyant s’éloigner d’un bord, l’on se rapproche, différemment, du grand tout, et bientôt se révèle le cube parfait.
Voilà ce que je crois.
Mais souvent je m'amuse à oublier que je suis ce cube en création contenant déjà tout et dans lequel je vois tour à tour un carré, une couleur, une harmonie ou un chaos… parce que je ne vois pas les histoires derrière les histoires. Pas toutes.
La prochaine fois qu’un automobiliste vous klaxonne dessus, avec ou sans raison, créant une réaction chimique ou épidermique en vous, puis en votre entourage, etc, imaginez toutes les histoires qui le traversent lui-même pour l’avoir amené jusqu’à ce geste, volontaire et involontaire, et qui participent à votre histoire. Rappelez-vous de ce théâtre dans lequel chaque minuscule histoire bouleverse une autre minuscule histoire, créant un tissage, d'histoires en histoires, plus grand que celui de Pénélope.
Pourquoi meurt-il ?
Pourquoi boit-elle du champagne ?
Pourquoi l'enfant a-t-il crié sur l'escargot ?
Pourquoi ont-ils dit ceci et sont contre cela ? Et cette tempête de neige ?
Derrière une histoire se cache une autre histoire.
L'écueil serait de chercher une « happy end ». Vouloir arrêter, finir, saisir ! C'est une impasse. Je ne sais s'il existe un début et une fin. Mais j'aime me rappeler que l’on passe tour à tour de spectateur à machiniste, acteur, personnage et que tout autour de soi ont lieu en chaque instant des milliards d’histoires importantes, précieuses, banales ou moches, mais absolument… essentielles. Les unes pour les autres.
Passez la porte d'un théâtre et vous verrez.
Le coeur s'ouvre ! Sans fin...
Que le mois de l'amour, février, vous inspire !
Hélène Tysman





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