Le(s) sens de la musique

La musique s’entend… par nos oreilles.


Pourtant un jour, lors d'un festival, une dame de mon public me témoigne cette vérité : au contact de la musique, ce ne sont pas seulement les oreilles qui sont touchées. Ce sont les pores de sa peau qui vibrent, chaque cellule et chaque atome. C'est le cœur tout entier qui frétille et qui danse.


LA MUSIQUE EST-ELLE SENSUELLE ?


En hypnose, j’aime à dire qu’on est capable de redonner du sens par les sens. Et par l’essence aussi… c’est-à-dire en revenant à l’essentiel, souvent oublié. En faisant la paix avec ses sensations.


"L'essentiel est souvent menacé par l'insignifiant", écrivait le grand René Char.


Au fond, réveiller ses sens, c'est se relier à la vie. Se sentir bien vivant !


Mais allons plus loin.


Selon moi, la musique crée un lien entre le visible et l'invisible. En soi, elle est invisible. Impalpable ! Et presque indescriptible. Pourtant évidente quand il s'agit de nous "toucher".


Est-ce pour cela que la musique me semble si similaire au don des chamans lorsqu'ils voyages, eux, entre les différents mondes, ces différentes dimensions ?

Le célèbre anthropologue Carlos Castaneda avait intitulé The Art of Dreaming* son ouvrage sur Don Juan, un chaman mexicain qui l'instruisit à travers des explorations improbables, aux confins de la conscience. Il précédait un autre livre intitulé Le Voyage Définitif.


Celui qui écoute la musique, comme celui qui la joue, reconnaissent que la musique les emmène ailleurs... Mais où est cet ailleurs ? Un au-delà ?

L’au-delà n’est-il pas, en réalité, en-dedans ?


Parfois l'on voudrait partir loin en croyant ainsi échapper à ce que l'on ne veut pas voir. D'autres fois, l'on pose armes à terre, ici et maintenant. Alors soudain, le miracle se produit ! Nos plus grandes peurs s'évanouissent. Et l’horizon s’ouvre.


PEUT-ON ÊTRE SPIRITUEL PAR LES SENS ?


La religion a dressé une morale qui déteste le corps ou, dans le meilleur des cas, qui le sépare de l'esprit et du cœur. La philosophie cartésienne nous a incité à nous méfier de tout ce qui ne passerait pas par la pensée. Puis la neuroscience nous a démontré combien nos sens sont des créateurs de trompes l'œil.


Dans mon parcours personnel, je vous l'avoue, j'ai été moi-même issue d'une éducation philosophique, cérébrale, sans aucun égard à quoique ce soit qui ne serait palpable, analysable, conceptualisable. Tout ce qui avait trait à l'imaginaire, l'irrationnel, la magie, était pur charlatanisme. Il fallut que je rencontre d'abord des amis d'Argentine puis du Brésil et qu'enfin je croise moi-même la route de chamans pour réaliser l'illusion de croire que la pensée "sait" ou que le cerveau serait maître de tout.


Les sens sont ce qui nous permet de raconter une histoire. Chaque jour une nouvelle histoire peut prendre forme. Souvent nous préférons répéter la même durant des décennies, quitte à rester accrochés à de vieux fardeaux ! Comme une mauvaise série du Netflix, nous restons agglutinés ! Et parfois, de plus en plus souvent, des éveils - des réveils ! - se produisent. Ce n'est pas le changement en soi qui est extraordinaire, c'est de réaliser que nous pouvons changer ! Voilà la première stupéfaction que je connus à travers l'art de l'hypnose, c'est-à-dire ce jeu avec le pouvoir de notre observation.


Oui, nous pouvons changer, à n'importe quel moment de vie. Voilà la plus belle et heureuse nouvelle, s'il nous en fallait ! Le reste est un détail. Un décor !


ARTISTES DE NOS VIES


Imaginez-vous être un peintre découvrant sa couleur ou un comédien réalisant sa capacité à habiter un personnage ou encore un écrivain dont le style se révèle. Sur un plan, l’objet existe déjà, la pomme à peindre, le texte à dire ou même l’histoire qui va s’écrire. Mais la manière dont cela va être conçu existe sous d'infinies possibilités.


Une seule journée peut contenir toutes les possibilités de voir le monde, de jouir de la vie. Et nous en sommes, chacun, les interprètes – conscients ou inconscients.


C’est ainsi que nos cinq sens nous proposent une histoire. Et que notre cerveau réclame, le plus souvent, une sentence !


Je peux gouter et me délecter d'une glace à la vanille en assistant à un coucher de soleil, ou je peux me tracasser et me culpabiliser de la même action. Je peux être dévastée en ressentant la pluie sur ma peau ou m'amuser des gouttes qui caressent cet épiderme comme par miracle.


Sur le chemin de cette quête du Soi, l'on réalise que nos sens s'amusent et nous amusent. Cela me fait penser à ces personnages dans le film L'Éveil avec Robin Williams et Robert de Niro, lorsque les malades deviennent conscients, c’est-à-dire ré-habitent leur corps et leur esprit tout entier. Ils sont émerveillés comme au premier jour d’une existence. Et quelle danse de la joie ! Lorsque chaque seconde est une occasion de vivre la vie, de quel autre accomplissement pourrions-nous donc nous targuer ?


LEÇON DE VIE


Un jour, il y a quelques années de cela, tandis que je me formais à l'hypnose, le formateur nous proposa un exercice où il fallait "convaincre" par des techniques d’hypnose. Le plus convainquant serait sacré vainqueur de l'exercice. Et c'est ainsi que nous tombâmes tous dans le panneau ! Enflammés que nous étions d'avoir raison ou de « gagner », nous nous coupions de l'essentiel : le lien à l'autre. Réussir devenait plus important que prendre soin de sa communication avec l'autre. De prendre soin tout court.

C'est alors qu'il nous dit, une fois le point levé des champions fiers de l'être, que nous nous étions fourvoyés et que nous avions juste échoué, évidemment comme il s'y attendait.


Cela me fit l'effet d'une bombe ! ...en moi. Ce qui était un jeu pouvait si vite glisser dans une bêtise. Et ce que je prenais pour l'intelligence pouvait si vite sombrer dans l'ignorance - celle de son cœur en détresse.


Se couper de l’autre, c’est se couper de soi.


PRÊT À TOUT


Nous sommes en réalité nos premiers manipulateurs. Alors que nous voulons tellement échapper à certaines zones de nous-même, nous devenons l'esclave de nos gardiens insensés. Ceux de nos peurs. Comme une maison qui devient peu à peu inhabitée, inhabitable, notre corps et notre esprit nous emmènent loin de notre cœur malheureux...


Mais comment peut-on aimer la vie seulement sous certains aspects ? Ce serait comme aimer une femme (ou un homme) seulement sous conditions, à travers certaines facettes. L’illusion !


L'ESSENCE DU BONHEUR


Hier je tombais sur cette phrase : "tu ne trouveras ton bonheur qu'en aidant les autres à l'obtenir".


Et je fis "wow" !


L'on voudrait partir par tous les chemins possibles…


Finalement c'est une vibration qui nous fait voyager, consciemment ou inconsciemment. Puis l'on découvre que ce voyage, c'était celui de la tête au cœur, cette planète que l'on connaît encore si peu mais qui, possède, en elle, toute connaissance.


Mon plus grand bonheur, à moi, c'est cette vibration du cœur, nos frétillements qui racontent la mélodie ou la grande symphonie que nous portons chacun, singulièrement, en nous.


Trouvez votre musique, celle qui vous emmène au bord d'un océan ou celle qui vous enthousiasme à dévorer des cookies au chocolat ; celle qui annonce un sourire sur votre visage quand un oiseau chante ou celle qui hurle à la nuit tombée... Peu importe. Celle, tout simplement, qui, souveraine, est la vôtre et uniquement la vôtre.


Alors, comme dirait Alice au Pays des Merveilles : "si la vie n'a aucun sens, rien ne t'empêche d'en créer un".


Nous voilà créateurs, à partir de notre joie ! À partir de notre musique.


Ironiquement, je réalise qu'une portée de musique contient cinq lignes, comme chacun de nos sens, pour permettre à la partition de voir le jour, à l'interprète de la vivre. Et le sixième des sens... le voilà qui nous emporte plus loin que ce que nous avions cru, mais plus proche que nous l'avions imaginé. Juste là : dans l'âme de notre instrument.

Merveilleux mois de novembre à vous !

Dans tous les sens...


Hélène Tysman



* L'Art de Rêver

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