LE BON TEMPO ?
- Hélène Tysman
- 10 mars
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 avr.
Connaissez-vous ce goût d'instabilité ? Cette oscillation légère mais obstinée, répétitive, comme les images que l'on scrolle, allant et venant entre peur et excitation ? Le corps stressé, le mental qui bloque. Ou qui débloque... Le cœur, lui, ne sait plus où donner sa pulsation et il a bien raison. Il se prend d’accélérations ou de secousses. Jamais le bon tempo ! Trop d’énergie qui stagne, pas assez de motivation... Bref. L'orchestre n'a pas le Groove. La tête peut bien siffler la plus belle des mélodies, sans rythme, sans tempo, ça n'existe pas. "I got rhythm" dit la chanson, et la vie est belle.
Mais quand l’inquiétude bat la mesure, le découragement finit par gagner et du découragement... l'inquiétude de nouveau. Certains sont même inquiets d'être inquiet. Et quand dans ce fratras se mêlent quelques phrases déformées d'un pseudo développement personnel ou d’une spiritualité fourre-tout, on croit qu'il faut « lâcher prise ! » sans vraiment savoir ce que cela signifie ou qu'il faudrait « s’aligner avec une sorte d'énergie parfaite ! » Sinon, gare au karma. Alors l'orchestre ne cesse de s'accorder. Sans fin.
Mais aujourd'hui je réalise combien c'est tellement plus simple.
Ou plus humain.
LES 50 NUANCES D'EXPRESSION... D'AMOUR
Allant au bout de cette inquiétude, comme un chercheur dans son laboratoire, j’ai senti qu'il s'agissait de bien autre chose. J’ai d'abord imaginé la fin d’Hélène, la mort de moi-même. On peut croire être inquiet de ne pas réussir quelque chose, de perdre des amis ou sa réputation, mais quoi qu'on en dise, c’est toujours la peur de mourir dont il est question. De sa propre mort. Car la peur, c'est celle de mourir de tristesse, de désarroi ou de peine. C'est mourir de croire sa vie rendue insignifiante.
Allant au bout de l’expérience donc, ce qui s'est révélé est bien autre que le sentiment d'inquiétude. Ç'a été... de l'amour !
Bien sûr il y a la tristesse de la finitude. Mais juste après… l’amour. Sans contour, sans pourquoi.
Peut-être que, comme lorsuq'on est amoureux de quelqu’un, sachant tout éphémère, l’on n’aime que plus. Et acceptant ma finitude, j'ai réalisé l'amour pour Hélène. Je ne parle pas d'égocentrisme. Je parle d'amour compassionnel. Pourquoi éprouverais-je ce sentiment pour une fleur ou un papillon et pas pour mon être à travers lequel je ressens la vie ?
POUR EN FINIR AVEC L'INQUIÉTUDE (ou vivre la fameuse "confiance en soi")
Pourquoi diable alors me faire vivre l’inquiétude si ce que je ressens au plus profond de moi est l'amour ? Quel drôle de mécanisme...
Mais finalement - en réalité en une fraction de seconde, comme tout surgissement d'informations ! - j'ai compris.
L’inquiétude, c'est parfois un sentiment que l'on utilise pour exprimer de l'amour. Et l'on s'habitue très souvent à mélanger les deux.
Qui n'a pas vu le regard inquiet d'une mère, d'un professeur ou d'un ami en oubliant qu'il s'agissait de sa manière à lui, à elle, d'exprimer son amour ? Les sourcils froncés, la gorge tendue. Voilà la mise en scène. Mais au-delà... on a fini par oublier.
Mes parents ou des personnes qui ont marqué mon enfance, ont exprimé l’inquiétude en croyant exprimer leur amour. Aujourd'hui je comprends même si je m'étonne que la peur était une expression d'amour. À la longue, j'ai gardé la peur et j'ai oublié qu'au plus profond était l’amour, inabîmable.
Comme je ne savais plus si j'avais peur ou si j'aimais, j'amalgamais les deux envers moi-même. Et baignant dans cette inquiétude dont je voulais me sortir, je croyais manquer d’amour... alors qu'il n'y avait que cela, de l'amour !
L'amour mal exprimé, certes. Quand je dis mal, je parle de douleur et non de jugement. Car la peur, ça fait mal. Et quand l'amour se mélange à la douleur, on ne sait plus si on a mal ou si c'est doux.
Bien sûr j'ai appris depuis plusieurs années maintenant à voir cette différence à l’extérieur. Quand il s’agit de quelqu’un d’autre. Je discerne aisément ces mécanismes. Et parfois cela m’agace alors je le dis. D’autres fois, je vois ce fonctionnement et m'attarde assez sur l'amour pour ne pas le rejeter quand il s’exprime à faire mal. Mais s'agissant de moi, cette réalisation a été grandiose. Assez pour que j'eus envie de vous la raconter !
Réaliser que, lorsque l'on a peur pour soi-même, c'est que l'on essaie maladroitement de s'envoyer de l'amour, voilà le début d'une bonne entente. Et je me demande à quoi ressemblerait le monde si tous les inquiets que je croise dans la rue, dans le métro, dans la vie de tous les jours ou jusque sur une scène de concert ou ailleurs, réalisaient qu'ils s'aiment follement, quoiqu'il advienne.
AMOUR & CONSCIENCE
Tandis que je réalisai cela, j'eus un appel téléphonique de mon ami de longue date, le chaman Arnaud Riou. Toujours bien connecté aux ondes subtiles, il venait me dire ce que j'avais besoin d'entendre ! Et il me parla de son livre La Prophétie de l'aigle et du condor qui raconte en d'autres termes ce ressenti. Pour paraphraser : "vivre notre humanité, c'est comme les deux ailes d'un oiseau. Il faut la conscience et l'amour. Si l'un manque, on ne peut voler. Et lorsqu'on devient de plus en plus réceptif à beaucoup de connaissances subtiles, à des compréhensions profondes, presque indicibles, si le coeur ne continue pas, lui aussi, de s'ouvrir, ce sera terrible. C'est souvent ce sentiment d'être bien seul et parfois, étonnamment à côté de la plaque. Observant un monde de loin... De même, s'il n'y a que le coeur sans conscience, ce sera aussi le risque de trébucher sans cesse. Ainsi, comme il faut deux ailes à l'oiseau pour voler, il nous faut ces deux aspects, l'amour et la conscience pour battre de nos propres ailes en cette drôle d'incarnation terrestre."
Je compris qu'un des instrumentistes de mon orchestre allait si vite qu'il laissait l'autre en bout de piste. Pas étonnant que la musique semblait manquer de rythme, de la pulsation de ce coeur, peu importe ce que le chef décide. Le coeur, lui, bat. L'oublier, c'est croire à une mélodie un peu misérable, dénuée de panache. Devenir dur à force d'inquiétudes.
Voir et aimer... voilà !
Apprendre tous les savoirs possibles, si le coeur n'y est pas, à quoi bon ?
AIMER LE MONDE
Voilà que de générations en générations, traversant les tempêtes et les guerres, des êtres humains - des survivants - ont exprimé leur amour en s’inquiétant. Suivant cette lignée, j'ai fait de même. Et comme nos informations actuelles s'emballent et nous mènent, nous aussi, à s'inquiéter chaque jour d'une fin du monde, l’inquiétude avait pris le dessus, oubliant d’où elle venait. Machinale. Comme un rituel. Un pacte. Familial. Sociétal.
Aurions-nous oublié que nous aimons ce monde ? Qu'avant de s'inquiéter, c'est de l'amour que nous cherchons à exprimer ?
Je décide de changer d'habitude.
Ressentant l'amour pour mon être qui traverse ce temps éphémère, si des mots inquiets surgissent, je les vois et je sais que ce n'est là qu'une autre version de l'amour.
Je peux dorénavant choisir ma manière d’aimer, celle de m’aimer. Et aussi simplement que cela, la peur fait place à une nouvelle mélodie. La mienne. Dans son rythme qui pulse.
Vive l'amour !
Je vous souhaite un mois de mars à votre tempo, à votre amour, par-delà les drames et les guerres. Car votre vie, la vôtre, est aussi rapide qu'une flèche, aussi belle que ce que vous aimez le plus.
Dites-le à vous-même !






Un abîme inabîmal, qui soudainement renverse son sens et... se tourne vers le monde, au diapason, en soi, au diapason. Musique Maestro !