REBELLE OU DISCIPLE ?

Lorsqu'on embrasse une vie de musicien, depuis le plus jeune âge, généralement quatre ou cinq ans, l'on utilise dès cet instant la capacité infinie de l'être humain à absorber des connaissances. Par la pratique, l'entrainement et le mimétisme. Puis par ce que l'on nomme « discipline ».


La discipline est l’art de se plier à un ordre, c'est-à-dire une certaine harmonie.


Comme l’on choisit quel domaine nous fait vibrer dans notre vie, il est possible de choisir sa discipline.


La période actuelle pourrait nous inciter à pointer du doigts ceux que l’on prend pour des disciples d’un certain genre ou des rebelles d’un certain autre.


Ceux-là obéissent à une loi des hommes. D’autres à une loi de la nature. Les uns préfèrent obéir à leur instinct, d'autres questionner l'esprit... Certains croient obéir à l’un mais obéissent à l’autre !


Au final, de quoi – ou de qui – sommes-nous réellement les disciples ?


L'intelligence : l'art de la dévotion.

Très tôt, j’ai compris et capté cette faculté de mimétiser puis comprendre ce que j’observais à l’extérieur pour le reproduire, voire le sublimer. Je crois que la plus grande qualité d’un apprenant, au départ, est ce cœur grand ouvert mêlé au sentiment de curiosité. Il n’a rien à voir avec le sachant. C’est un disciple, celui que je fus, qui observe l’enseignant comme une éponge s’imbibe d’eau. Il n'est plus question de doute ou de certitude mais d'un no man's land... Il n’y a pas à être particulièrement intelligent et encore moins savant. Cette qualité est celle que l’on développe lorsque, un temps, l’on décide d’être le disciple d’un maître. Parfois juste sur une seule séance ! Un seul cours de musique, avant de redevenir rebelle... Mais pendant cette heure-là, toutes les antennes sont portées vers le maître, quel que soit ce maître, afin d’affiner sa propre maîtrise, d’aiguiser ses outils, de créer sa future transmission. Il n'est pas question ici d'esprit critique qui tendrait vers la crispation mais de l'ouverture par toutes les cellules de son corps.


Je crois alors que la véritable pépite tient, au-delà de ce qui est appris, dans cette attitude. Pendant quelques instants, pendant un temps choisit plus ou moins long, l’on fait l’expérience d’une forme de dévotion. Or cette dévotion est toujours envers soi-même. L’autre n’est qu’un prétexte.


Un sage m’expliqua, un jour, la raison de la dévotion pour nos cerveaux occidentaux et cartésiens, non-habitués à ce mouvement d’absolu dans un contexte duel. Il m’expliqua que, tant que nous ne sommes pas complètement éveillés, nous avons toujours conscience « de quelque chose ». Une fois éveillés, nous réalisons que nous « sommes » conscience. Alors, prenant le mental au jeu, les sages ont eu l’idée de créer un objet extérieur devant lequel se dévouer, jusqu’à ce que, ce mental occupé par l'objet de dévotion, il n’y ait plus aucune différence entre l’intérieur et l’extérieur.


Au final, je peux bien me prosterner devant Bouddha, c’est toujours devant moi que je me prosterne. Pas le « moi » de quelque volonté cherchant un objet extérieur mais le « moi » de la Vie qui souffle à travers toute chose.


En sommes-nous là ?


« Le jeu suppose l'égalité » disait Balzac.


En ces instants où la vérité veut se crier de tous bords, à travers huit milliards de subjectivités, d'univers singuliers et démultipliés, nous créons consciemment ou inconsciemment une nouvelle symphonie. Les harmonies ne sont plus les mêmes. Tant que nous n’en comprenons pas les lois, cela nous paraît être le chaos. Pourtant, c’est de là que naissent les étoiles…


Aujourd'hui je ressens comme jamais combien nous sommes chacun maître de notre vibration, de notre vérité. De ce que nous voulons voir du monde. Est-ce un monde de manipulation, de confusion, de peurs ? Ou un monde de clarté, de vérité, de justesse ?


Les valeurs, c’est-à-dire ce qui est essentiel au sens de notre passage sur terre en ce si bref instant qu’est la vie humaine, ces valeurs n’ont jamais été autant questionnées individuellement qu’en cette période pourtant collective !


Les choix, qui appartiennent désormais à l’intime conviction, n’en sont pas moins radicaux. Nous voilà bien en vie ! Cette vie pleine de dualité, qui nous demande sans cesse de choisir la droite ou la gauche, l’ombre ou la lumière, selon l'interprétation que nous souhaitons porter de la partition.


Puissent ces énergies d’août nous révéler ce que nous sommes vraiment et ce à quoi nous aspirons au plus profond de nous-mêmes.


La musique est cet art de nous connecter à notre âme.


Notre âme...


À quoi d'autre pourrions-nous bien obéir ?


Non pas notre égo, notre histoire ou nos illusions d’un temps linéaire… Non, cette âme que nous sentons vibrer tant que l’on se sait vivant, bien vivant, jusque dans la mort…


Bach fut rebel devant le Duc Guillaume II. Jusqu'à connaître la prison, comme un célèbre Mandela. Pourtant on ne trouve pas plus grande discipline que la sienne dans son écriture musicale. Le danseur Noureev fut rebel à une politique jusqu'à décider d'un chemin sans retour possible... puis il passa chaque jour de sa vie à obéir à l'art.

Du rebelle ou du disciple, les rôles n’ont jamais été aussi défiés dans nos paradoxes d’êtres humains qu’en cette période folle.

Nous sommes autant de maîtres, de disciples et de rebelles. À quoi souhaitons-nous dire « stop » et à quoi acceptons-nous de nous soumettre ?

François Roustang aimait dire que l'« on ne commande au vent qu’en lui obéissant ».


Reste à savoir, pour chacun, ce que le vent est, en son fort intérieur…

Joyeux août !

Musicalement vôtre,


Hélène Tysman




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