NOIR OU BLANC ?

Peut-on choisir ? Doit-on choisir ?


La musique, s'il lui fallait encore trouver un symbole de paix à nos coeurs, réunit les blanches et les noires sur ses partitions autant qu'un pianiste mêle les touches noires et blanches pour en jouer.


Pourtant souvent nous nous emportons dans nos conflits - internes ou externes. La tempête venue, ne supportant pas le ballotage comme les vagues sur la mer ou les feuilles au vent, nous croyons pouvoir décider de n'être qu'à droite ou bien à gauche. C'est tristement oublier la dualité qui donne forme à la Vie : sans cesse je passe du pied droit au gauche, et inversement ! Sinon je n'avance pas.


Notre véritable conflit n'est donc que rarement dans le chaos mais dans notre rapport au chaos, quand celui-ci se présente. Il n'existe pas de chaos sans ordre derrière et pas d'ordre sans chaos derrière. Faire l'expérience de l'un, c'est connaître - ou reconnaître - l'autre, par contraste. En relief.


Être seul par exemple, c'est parfois s'unir tant à toute chose présente, jusqu'aux plus fines particules de l'air, que l'on réalise véritablement l'union d'avec Tout. Être entouré de gens, c'est parfois, au contraire, faire l'expérience d'une profonde solitude. Un sentiment de séparation, voire d'absence de communion.


J'observe les grands joueurs d'échecs dans leur obstination à combattre les blancs ou les noirs. Puis d'un geste, le jeu terminé, à rire ! Savent-ils que sans les blancs, les noirs n'existent plus sur l'échiquier - et inversement ?


Le pianiste, lui, est bien obligé d'embrasser ses contrastes et ses paradoxes pour créer des harmonies. Les plus riches seront les plus mélangées. La platitude s'installerait vite avec seulement des touches blanches ou noires.


Alors, qu'en est-il de nos reflets d'ombre ou de lumière ?


En marchant, l'autre jour, je réalisait que si l'ombre n'existait pas sous mes pas, mon corps lui-même n'existerait pas ! L'ombre me rappelle à la vie, celle que j'incarne sur cette terre maintenant. Elle est la manifestation de la forme que j'ai choisie. Sans ombre, pas de matière. Aucun reflet.


Alors, véritablement, il n'est pas question de préférer l'une ou l'autre, de chercher sans cesse la lumière sans embrasser l'ombre, mais plutôt de se demander ce que nous pensons de l'ombre : est-elle plus forte que moi ? Maléfique ? Honteuse ? C'est qu'à vouloir la fuir, nous risquons de nous fuir nous-mêmes !


En réalité, nous voilà invités à connaître une détente plus vaste encore lorsque nous observons les ombres, l'été, danser sur les reflets du soleil. Avec ce regard clair, nous pouvons enfin voir bien en face ce qui semblait nous assombrir, pour mieux nous révéler : sans faux-semblants. Comme une étincelle vive et joyeuse, nous voilà comme cette pépite alchimisée !


En jouant, en dansant, nous réapprenons que le silence est le compagnon du son et le vide celui du mouvement. En observant ce "non-choix", je respire. Me voilà enfin à l'intersection bouleversante - et simple - de l'absolu et du relatif. La rencontre peut avoir lieu. N'est-ce pas seulement cela, la "grande" réconciliation du monde ?


En ces journées d'alternance pluie-soleil, je me rappelle de cette sagesse ancestrale : "quand il pleut, ne cherche pas à stopper la pluie mais apprend à danser sous la pluie."


Vous souhaitant un très bel été !

Dans la joie de ce que vous êtes !

Hélène





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