LIBERTÉ

En passant dans une rue de la nouvelle ville où je viens d'emménager, je vois une porte. Une de ces vieilles portes magnifiques, lourdes, imposantes, mais dont les murs d'un côté ont été démolis. Ne reste plus que la porte, sa serrure et l'illusion d'un cadenas...


En la regardant de devant, on se prend au jeu d'une porte fermée. En la regardant de biais, on voit qu'il est possible de passer par ailleurs pour pénétrer cet espace, là où tout est ouvert. De côté, cette porte n'est rien ! Juste un jeu de l'esprit.


La vie n'est-elle pas ce grand décors dans lequel on finirait parfois par se perdre à vouloir la voir "d'en face", à vouloir être "droit" comme un pic ?


Se perdre, c'est aussi apprendre à se retrouver. Non pas retrouver "le" chemin. Mais se retrouver : soi.


Or c'est ce que la période de Noël questionne souvent : son "chez soi".


Qu'en est-il ? Quel est-il ?


Comme dans un orchestre, impossible de s'accorder si personne ne fait attention à personne. Mais impossible non plus de jouer une symphonie si aucun musicien n'a d'abord appris à jouer de son propre instrument.


Voilà l'art d'être virtuose de sa vie. Son tout premier instrument.


Mon parcours de musicienne, d'artiste, ce qu'on nomme sensibilité à fleur de peau, est en réalité celui d'un apprentissage entre "extérieur" et "intérieur", entre voyager dans tous les mondes tout en sachant revenir chez soi.


La problématique n'est jamais d'être sensible mais de ne pas savoir être en lien ni quoi faire de sa propre sensibilité. c'est ainsi qu'étant parfois plus sensible à l'autre qu'à moi-même, n'étant plus capable de s'entendre tant l'autre instrument accapare son écoute, le risque serait de se croire handicapé, gêné, inconfortable. On a vite fait de penser que la sensibilité serait une tare. Alors que le coeur est, en réalité, d'une puissance infinie...


Au fond, il n'est question que de diapason. D'ajustement. Chaque fois que je ressens ce que l'autre ressent, suis-je toujours dans ma maison ou ai-je fuis si loin que j'en ai perdu les clefs ? Ai-je déserté mes murs au point de croire que ceux des autres sont les miens ? c'est alors je me crois perdue, sans maison, sans murs et que j'en veux à la terre entière...


La peur, c'est ne plus retrouver son "chez soi".


Mais c'est une illusion ! Car il est impossible d'être en-dehors de soi. Impossible d'être menacé puisque "chez soi" est toujours là, quand on le veut. Quand on sait s'y connecter.


Voilà l'art du vrai virtuose de la vie. Du samouraï des temps modernes.


QUI EST L'AUTRE ?


Un homme demanda un jour au sage comment se comporter au mieux avec l'Autre. Celui-ci répondit : "il n'y a pas d'autre".


Où serait, alors, la menace ?


En prenant le train il y a quelques jours, un homme avait mis sa musique beaucoup trop fort depuis son téléphone portable. Je lui lance à la figure qu'il pourrait tout de même baisser ou utiliser un casque. L'air surpris, ayant cherché sans trouver le moyen de baisser le son de cette musique qui passait en dérangeant les ondes, il me regarde d'abord énervé. Puis il se tait. Et enfin me dit : "faisons la paix". De ce simple mot, en surface, ma profondeur fut ébranlée. Le trajet alors est devenu un partage de sourires et de rires !


Il y a de ces sorties de partition que l'on imaginerait jamais. La paix au milieu d'un champ de bataille, l'amour au fond du puit. La liberté par-delà une (fausse) porte...


Le coeur ne déserte jamais. Nous seuls nous le cachons à nous-même, parfois.


Or se rappeler nos murs trompes-l'oeil, nos hypnoses du quotidien, c'est s'ouvrir au miracle de la Vie.


Je vous souhaite un merveilleux Noël, empli de "l'âme agit" qui est en vous !


Musicalement vôtre,


Hélène Tysman


Photo by ©️Lou


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